BRACERS Record Detail for 903

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Collection code
RA1
Class no.
710
Document no.
048631
Box no.
5.09
Recipient(s)
BR
Sender(s)
Couturat, Louis
Date
1906/06/25
Full date (Estimate)
1906/06/25
Form of letter
TLS
Pieces
2
Notes and topics

In French.

Transcription

LOUIS COUTURAT TO BR, 25 JUNE 1906
BRACERS 903. TLS. La Chaux-de-Fonds Bib., Suisse. Russell–Couturat 1: #212
Edited by A.-F. Schmid


Bois-le-Roi,
le 25 Juin 1906.a

Cher Monsieur,

Je vous envoie la traduction de votre article avec votre manuscrit.b Bien que je l’aie faite avec toute la diligence possible (elle était prête jeudi, où je voulais la remettre à M. Léon, et où je l’ai montrée à M. Whitehead à la séance de la Société de Philosophie), elle ne pourra pas paraître en juillet. Léon (qui était malade et absent de la Société jeudi) m’écrit que le numéro est déjà composé et mis en pages, et qu’il ne vous y avait pas réservé de place, ne comptant pas sur votre article pour ce mois-ci. Je ne lui envoie donc pas la copie de ma traduction, et j’attendrai vos corrections.

Dans son ensemble, votre article est plus et mieux qu’une réponse à M. Poincaré ; c’est un exposé très clair de votre nouvelle théorie, et bien propre à la faire comprendre et apprécier des philosophes. Justement parce que vous ne répondez pas expressément à M. P., je constate que vous ne le réfutez pas explicitement sur deux points qui sont pour lui essentiels. L’un est le principe d’induction, qu’il vous reproche de formuler de deux manières différentes, alors que c’est lui qui commet cette erreur. Comme c’est là une faute élémentaire et flagrante ; je crois que vous feriez bien de la mettre pleinement en lumière. Vous dédaignez sans doute d’insister sur cette bévue, pour répondre à sa « générosité » ; mais il faut bien vous dire que tout ce qu’écrit M. P. est parole d’évangile pur la plupart des lecteurs, éblouis par son autorité scientifique et incapables de juger par eux-mêmes ; et qu’il ne faut pas perdre une occasion de montrer aux profanes qu’il n’est pas un oracle infaillible. Le second point est l’infini actuel, auquel il s’attaque à la fin de son article d’une manière si imprévue et si inconséquente. Il ne faut pas oublier que l’impossibilité de l’infini actuel est un lieu commun, un dogme pour la plupart des philosophes français, grâce à Renouvier et à son école, et qu’il est en faveur chez tous nos kantiens, à qui il sert d’arme perpétuelle contre le rationalisme. Le fait que M. P. se déclare, même en passant, contre l’infini actuel, est de nature à renforcer ce préjugé chez les philosophes et à rendre courage aux finitistes. Peut-être pourriez-vous vous prononcer plus catégoriquement sur ce point comme sur le premier. Si je vous propose ces deux additions (d’ailleurs pouvant être fort brèves), c’est pour que votre article constitue une réfutation un peu plus directe et complète de celui de M. P. (D’ailleurs, je demanderai qu’on l’insère comme article de fond, et non comme « discussion »). Vous savez que c’est la question du principe de l’induction qui intéresse le plus M. P. et qui l’a sans doute entraîné à cette polémique (parce que j’avais démenti dans mes Pr. des Math. sa théorie antérieure sur le Raisonnement mathématique). — Diverses lettres que je reçois (de mathématiciens non logisticiens) me prouvent que ma réponse à M. P. a produit l’impression que je pouvais désirer. Je n’ai pas encore reçu d’opinion de philosophes ; ils se récusent probablement !

Pendant que je vous écris, je reçois le fascicule que vous me renvoyez ; je vais le transmettre à Lalande après l’avoir parcouru.

J’oubliais de vous dire que j’ai souligné de rouge dans votre ms. les mots ou phrases que je n’ai pas bien compris (je n’ai pas ici de dictionnaire anglais). Je vous prie de revoir ces passages et de m’en indiquer le sens exact. — Pour votre titre, je vous conseillerais de le modifier. Le mot Insolubilia ne paraît pas connu en France, et ne dit rien à l’esprit ; de plus il n’annoncerait pas bien le contenu de votre article. Il faudrait dire quelque chose comme : Les antinomies ou les paradoxes de la Logique. (Vous avez bien fait de dire que ce ne sont pas des contradictions propres à la mathématique.)

Nous avons eu le plaisir d’avoir ici pendant quelques heures M. et Mme Whitehead, avec qui nous avons pu faire connaissance plus complète qu’au Congrès de 1900. J’ai, comme je vous l’ai dit, introduit M. W. à la Société de Philosophie, où l’on discutait le Vocabulaire ; et cela a paru l’intéresser. Il pourra bientôt vous faire part de ses impressions. — Nous avons naturellement beaucoup parlé de vous. Est-ce que vous ne viendriez pas faire un petit tour en France cet été pour vous distraire ? Dans ce cas, n’oubliez pas que Bois-le-Roi n’est qu’à une heure de Paris, et qu’on peut n’y passer que quelques heures si l’on est pressé (on peut aussi en passer davantage, si l’on veut faire plaisir à ses hôtes).

Je me sens encore fatigué, et n’ai pas le courage d’entreprendre d’étude bien sérieuse. Ma grande distraction en ce moment est le tricar (tricycle à moteur) avec lequel je me promène avec ma femme. Cela est aussi une occupation intellectuelle, car il faut sans cesse étudier sa machine et raisonner sur elle. C’est fort intéressant ; c’est de la mécanique et de la physique expérimentales.

J’espère que vous et Madame Russell êtes en parfaite santé, et jouissez du repos de la campagne. Je vous prie de lui présenter mes hommages, et de recevoir, cher Monsieur, mes meilleures amitiés.

<signed> Louis Couturat

J’ai reçu le livre de Shearman, dont vous m’avez parlé, je crois. C’est un peu sommaire et superficiel, et fort peu didactique : il suppose qu’on connaît les divers systèmes, il ne les fait pas connaître.

— Je vous remercie des indications relatives au Vocabulaire. Le mot entendement, qui paraît vous étonner, est la traduction classique, en français, du mot intellectus, de Verstand, etc. — Ou bien cela vous paraît-il entaché de psychologisme, de parler de entendement dans la définition de la Logique formelle ?

Notes

aLettre conservée aux Archives Russell b{avec votre manuscrit}

Publication
Schmid, Russell—Couturat 2: 212
Russell letter no.
0153
Permission
Everyone
Transcription Public Access
Yes
Record no.
903
Record created
Oct 18, 2003
Record last modified
Feb 20, 2026
Created/last modified by
duncana