BRACERS Record Detail for 76037

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Collection code
RA1
Class no.
710
Document no.
048621
Box no.
5.09
Recipient(s)
BR
Sender(s)
Couturat, Louis
Date
1905/02/07
Full date (Estimate)
1905/02/07
Form of letter
TLS
Pieces
1
Notes and topics

In French.

Transcription

LOUIS COUTURAT TO BR, 7 FEB. 1905
BRACERS 76037. TLS. La Chaux-de-Fonds Bib., Suisse. Russell–Couturat 1: #163
Edited by A.-F. Schmid


Paris,
le 7 Février 1905.a

Cher Monsieur,

Je m’empresse de vous remercier de votre aimable lettre, dont je méditerai le contenu. Pour aujourd’hui, je ne veux répondre qu’à votre question touchant les mss. de Boole. D’abord, je suis très étonné d’apprendre que ces mss. se trouvent en d’autres mains que celles de Mrs. Boole, qui, m’a-t-on dit, conserve les publications de son mari, et à qui l’on doit s’adresser quand on veut se procurer certaines d’entre elles (c’est ce qui m’est arrivé quand j’ai voulu me procurer quelques mémoires de Boole : mon libraire les a demandés à Mrs. Boole). Quoi qu’il en soit, je suppose que l’authenticité des mss. en question est assurée. Je considérerais comme un grand honneur pour moi d’être chargé de l’édition de ces mss., à la condition qu’ils en vaillent la peine (c’est-à-dire qu’ils ne soient pas de simples brouillons ou copies de ce que Boole a publié), et à la condition qu’ils ne dépassent pas ma compétence (je pense notamment à ce qui regarde le calcul des probabilités, où je ne vois pas encore bien clair, et où il est si facile de se tromper : Boole lui-même s’est trompé dans une question capitale de sa probabilité, selon M. Mac Coll). Dans ce dernier cas, je demanderais au moins qu’on m’adjoignît un collaborateur scientifique. J’aimerais que ce fût vous, ou M. Whitehead ; mais je présume que, si vous me proposez cette tâche, c’est parce que vous ne pouvez pas vous en charger, car vous vous en acquitteriez mieux que personne. Maintenant, il y aurait des questions d’ordre matériel à résoudre : il faudrait trouver un librairea éditeur(1) : serait-il anglais ou français ? La différence de langue ne serait-elle pas un obstacle ? Car je ne puis écrire qu’en français, ou en Esperanto (ce serait une bonne réclame pour la L. I. que de publier une telle édition en Esperanto, j’entends les notes, bien entendu). Bref, l’entreprise est propre à me séduire, mais j’y vois quelques difficultés, que ne rencontrerait pas un publicateurb anglais. On pourrait donc chercher d’abord un publicateur(2) anglais ; mais si on ne le trouve pas, je suis disposé (sous les conditions susdites) à rendre cet hommage au grand logicien. Il est probable que, dans ce cas, le plus simple serait que j’allasse en Angleterre me rendre compte sur place de la nature et de l’étendue des mss.. Car ce ne serait pas la peine de les faire voyager (au péril de la mer, comme disaient nos aïeux) si quelque obstacle imprévu devait m’empêcher d’entreprendre l’édition par exemple, sont-ils assez lisibles pour un étranger ?c Je vous prie donc de vous enquérir des divers renseignements susdits auprès des personnes qui possèdent ces mss., et de me les communiquer quand vous pourrez. Rien ne presse, car je ne pourrais pas faire le voyage avant le mois d’avril. Je donne les bons à tirer de mon « Algèbre de la Logiqued » ; je vais tâcher de terminer mon « Manuel de Logistique », et de publier en volume les Principes des Mathématiques, dont j’écris en ce moment le dernier article (fin de la Géométrie, et Mécanique ; sur la Mécanique, je ne puis que reproduire vos idées, je n’ai pas d’opinion personnelle sur la question). Vous voyez que j’ai, comme on dit, du pain sur la planche. Mais une fois délivré de ces travaux en cours, je compte me remettre à l’ « Histoire de la Logistique », dont le chapitre relatif à Boole est déjà fait, et c’est alors que je pourrai m’occuper de ses mss., s’il y a lieu. Car je ne suis pas de ceux qui disent ou qui pensent que « leur siège est fait »(3) et je crois au contraire que rien n’est définitif, et qu’on a toujours à apprendre.

Je vous remercie d’avoir pensé à moi en cette occasion, et vous envoie l’assurance de mes sentiments les plus cordiaux.

<signed> Louis Couturat

(1) qui fît les frais de l’édition, à moins que ces frais ne soient faits par une Société savante, une Université, etc
(2) Je forge ce barbarisme pour bien distinguer celui qui prépare l’édition du libraire-éditeur.
(3) Connaissez-vous cette locution proverbiale ?

Notes

aLettre conservée aux Archives Russell, tapée à la machine b{libraire} c[édi]{publica} d{par exemple, sont-ils assez lisibles pour un étranger ?} e[sti]

Publication
Schmid, Russell—Couturat 2: 163
Russell letter no.
0119
Permission
Everyone
Transcription Public Access
Yes
Record no.
76037
Record created
Oct 18, 2003
Record last modified
Feb 20, 2026
Created/last modified by
duncana