BRACERS Record Detail for 53283

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Collection code
RA3
Recent acquisition no.
422
Box no.
6.51
Source if not BR
La Chaux-de-Fonds Bib.
Recipient(s)
BR
Sender(s)
Couturat, Louis
Date
1906/05/05
Full date (Estimate)
1906/05/05
Form of letter
ALS(X)
Pieces
2
Transcription

LOUIS COUTURAT TO BR, 5 MAY 1906
BRACERS 53283. ALS. La Chaux-de-Fonds Bib., Suisse. Russell–Couturat 1: #207
Edited by A.-F. Schmid


Paris,
le 5 mai 1906.

Délégation pour l’adoption d’une langue auxiliaire internationalea
Secrétaire : M. L. Leau
Trésorier : M. L. Couturat
6, rue Vavin
7, rue Pierre-Nicole, 7
Paris (6e)
Paris (5e)

Cher Monsieur,

Il y a longtemps que je n’ai eu le plaisir de vous écrire ; je crois même n’avoir pas répondu à votre lettre du 5 mars au sujet de ma réponse à M. Poincaré. Votre approbation a été un grand encouragement pour moi, car j’ai à lutter contre une autorité unanimement acceptée, les yeux fermés, par tous les gens incompétents en la matière, c. à d. par presque tout le monde. Je n’ai pas eu le temps ni la possibilité de faire profiter mon article de toutes vos observations. Cela a peu d’importance au point de vue polémique ; je tâcherai d’en tenir compte au point de vue théorique.

Je n’ai pas l’intention de répondre de nouveau à M. Poincaré, ni de faire l’article que j’avais projeté pour résumer le vôtre : etb j’apprends avec plaisir que vous vous proposez de répondre ; cela vous permettra d’exposer vos propres idées avec exactitude et clarté. A vrai dire, je ne sais pas trop ce qu’on peut répondre à M. P., car ses critiques n’existent pas ; ce ne sont que des boutades et des idées en l’air. Je serais bien aise (si c’est votre avis) que vous disiez quelque part qu’il n’a répondu à aucune de mes objections (ou du moins pas aux principales), notamment à celle qui porte sur la formule du principe d’induction. Je ne peux pas comprendre comment un mathématicien de valeur peut commettre une telle erreur, et y persister après les explications nettes que vous et moi lui avons fournies. Je crois qu’il les a à peine lues. (En général, il lit très vite et très mal, comme les esprits primesautiers : cela se voit.) En outre, je ne sais pas où il a vu que les logisticiens changent subrepticement de définition, si cette critique ne s’adresse pas à vous ; et alors il faut conclure qu’après avoir formulé hautement cette accusation, il a simplement oublié de la justifier. Quelle légèreté !

De même, il ne tient aucun compte de ce que j’ai dit au sujet de l’invention, ni de ce que j’ai dit au sujet de la prétendue Logique pure qui se réduirait à des identités insignifiantes ; bref, il ne veut rien entendre ni apprendre, il reste « entêté » de tous ses préjugés. Aussi une discussion avec lui est-elle stérile et vaine. Que ce soit surtout pour vous une occasion d’exposer vos idées et de les faire connaître. — Je vous conseille aussi de défendre un peu M. Peano, que M. P. traite bien légèrement ; votre logistique ne ruine pas la sienne, elle la complète et la perfectionne. Il faut rendre justice aux prédécesseurs, lors même qu’ils ont failli en quelques points. Et il ne faut pas laisser rompre en apparence le fil de la tradition qui relie vos travaux aux siens, et à ceux de tous les logisticiens antérieurs jusqu’à Leibniz. Il faut respecter la continuité historique et le progrès de chaque science. Weierstrass n’a pas ruiné Riemann, pas plus que Riemann n’a détruit l’œuvre de Cauchy, et ainsi de suite. M. P. lui-même a dit que Fresnel n’avait pas détruit l’œuvre de Newton ; et c’est juste.

J’ai lu votre compte-rendu de Mac Coll, qui m’a semblé très juste. J’ai consacré 2 leçons de mon cours à Mac Coll, et j’ai été surpris de voir que le contenu doctrinal de son système se réduit à fort peu de chose. Je viens de faire 2 leçons sur Frege (considéré uniquement comme logicien ; je n’ai pas insisté sur son symbolisme, très difficile à exposer, mais plutôt sur ses théories logiques). Je vais faire 3 leçons sur Peano, et les 2 dernières vous seront consacrées. Vous comprenez que cet ordre met bien en lumière vos relations avec ces 2 logiciens. Je me permettrai de citer sommairement quelques-uns de vos nouveaux symboles (inédits) pour donner une idée de votre système ACTUEL. Vous n’avez pas à craindre d’indiscrétion de la part de mes rares auditeurs (le plus intéressant est mon ami Brunschvicg, qui tient à s’initier à ces doctrines).

— J’espère que vos travaux progressent à souhait, et que vous êtes toujours satisfait de votre solution de la contradiction. — Pour moi, je suis très fatigué par mon cours et mes travaux, et j’aspire à quelque repos, ou à quelque relâche au moins. Je n’ai guère profité de nos 15 jours de congé de Pâques. Je suis pour quelques jours à Paris, après quoi je retournerai à Bois le Roi.

— Ma femme se remet bien ; mais elle est encore un peu délicate. La campagne nous fait grand bien à tous deux. Nous pensons souvent à votre « cottage », que vous voudrions tant voir, mais ce ne sera pas encore cette année. Nous vous envoyons à tous deux, cher Monsieur, nos bien cordiales amitiés.

Louis Couturat

P. S. A propos de cet entête, vous savez que l’Espo fait de grands progrès en Angleterre, dans le monde du commerce et dans celui de l’enseignement primaire. Je m’en réjouis !

Notes

aEn-tête imprimée de la Délégation b[car]

Publication
Schmid, Russell—Couturat 2: #207
Permission
Everyone
Transcription Public Access
Yes
Record no.
53283
Record created
Aug 24, 1993
Record last modified
Feb 20, 2026
Created/last modified by
duncana